Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous avez l’art de nous surprendre au détour de la route !
Il y a à peine six lunes, nous griffonnions sur notre carnet de voyages deux nouvelles échappées pour 2026, le Québec et la Basse-Californie, comme on trace au stylo des lignes incertaines sur une carte froissée. Aujourd’hui, ces itinéraires affichent complet … et ça nous donne le sourire large comme un horizon d’Arizona 😊

Cela veut dire que vous roulez avec nous par confiance, pas seulement par curiosité. Que nos murmures de bitume trouvent écho dans vos envies d’ailleurs. Et pour ça, vraiment, merci, mille fois merci, car sans vous, nos routes ne seraient que des promesses sans moteur.

Alors, puisque j’ose croire que ces mots vous parviennent quelque part entre deux songes d’évasion, laissez-moi rallumer encore quelques phares. Il est temps de reparler de ces circuits qui ne sont plus des nouveautés, certes, mais qui ont gardé le goût brut de la surprise. Des routes qui ne vieillissent pas mais qui se patinent. Des voyages qui ne se répètent pas, ils se réinventent à chaque virage.

Fait presque miraculeux sur la grande carte du monde : il reste une selle libre pour notre départ de mai au Japon… et quelques-unes encore pour septembre.

  • Le Japon, justement. Une île-continent posée sur l’océan comme un poème plié. En 2026, les planètes s’y alignent comme des lanternes rouges dans la nuit, et ces alignements-là ne durent jamais bien longtemps. Alors pourquoi maintenant, me direz-vous ?

D’abord la monnaie. Le yen glisse doucement vers le bas, comme une feuille d’érable sur une rivière d’automne. Plus de 50 % de baisse depuis que nous traçons nos routes là-bas. Du jamais-vu. Ce pays qu’on croyait réservé aux portefeuilles bien garnis s’ouvre aujourd’hui comme une porte coulissante qu’on n’osait pas toucher.

Ensuite l’air du temps. Le Japon frémit, attire, appelle. La dynamique touristique démarre, la croissance bat son plein, mais la foule n’a pas encore envahi les chemins de traverse. C’est l’instant fragile où l’on peut encore se perdre sans être bousculé. Lionel, de notre tribu, ne s’y est pas trompé : il a déjà bouclé son propre départ pour l’automne.

Et puis il y a ce vertige délicieux du dépaysement. « Lost in translation » murmurait le film, et le mot résonne encore. Les mégapoles vous éblouissent d’acier, de néons et d’une précision presque irréelle ; la campagne, elle, respire le bois, le thé, la pierre moussue et le silence juste. Ici, tout est différent. Tout est codifié. Chaque geste a son écho, chaque regard sa nuance. Votre voyage devient alors une enquête douce, une clé qu’on tourne lentement dans la serrure d’une culture millénaire.

La moto, paradoxalement rare sur les routes, devient votre passe-partout. Elle vous glisse hors des artères saturées, vous mène sur les rubans secondaires, les cols embrumés, les villages assoupis. Elle attire les sourires, déclenche les conversations, abat les murs invisibles. Partout dans le monde elle ouvre des portes ; au Japon, elle ouvre aussi des mondes.

 

  • Et voilà que l’Australie revient battre dans vos tempes comme un vieux souvenir qu’on croyait rangé. Vous avez raison d’y prêter l’oreille : ce continent n’est pas un pays, c’est une respiration. Une terre vaste comme une idée trop grande pour tenir sur une carte. Alors nous avons tracé trois routes, trois manières d’y entrer, trois rythmes pour apprivoiser l’infini.

D’abord, le Grand Raid de fin septembre. Il ne part que tous les deux ans, comme une comète qu’il ne faut pas manquer. Il ne reste qu’une moto, une seule, prête à avaler la poussière rouge. C’est notre odyssée la plus longue, la plus complexe à ourdir, sœur jumelle de l’Alaska dans la difficulté et la promesse d’isolement.

Là-bas, vous quittez le monde moderne comme on ferme une porte derrière soi sans savoir quand on la rouvrira. Vous filez dans le bush, sur des routes qui semblent n’avoir été tracées que pour vous, vous vous arrêtez dans des bourgades improbables où le temps a décidé de faire la sieste. Vous découvrez la nature à l’état brut, le vrai sens du mot espace, celui qui fait taire les téléphones et parler les étoiles. Tout est grand. Tout est beau. Tout est simple. Et dans cette immensité naît une fraternité rare, celle des voyageurs qui savent qu’ils vivent quelque chose d’unique.

Pour ceux qui préfèrent une Australie plus douce à apprivoiser, plus familière sans être banale, le Queensland de fin octobre ouvre grand les bras. Un voyage dégustation, un kaléidoscope en dix-huit jours : la côte urbaine et solaire, sexy comme un été sans fin ; la Grande Barrière de corail, mosaïque vivante vue du rivage ; la plus grande île de sable du monde qui glisse sous les pneus comme une promesse d’enfance ; et bien sûr une plongée dans l’outback, juste assez profonde pour que vous puissiez dire, en rentrant, “oui, je sais ce que c’est”. Une Australie accessible, mais jamais tiède.

Et puis, au lever de 2027, il y aura l’Aussie Tassie Tour. Une autre cadence, un autre parfum de liberté. Sydney d’abord, vibrante et bleutée, la côte pacifique sud ensuite, déroulée comme un ruban d’écume, et enfin cette émeraude posée au milieu de l’océan : la Tasmanie. Une île à part, sauvage et délicate, comme un secret que l’on chuchote plutôt qu’on ne le crie.

Trois routes, trois manières de dire “Australie”. Trois façons de se perdre et de se retrouver.

 

  • Pour les amoureux de la Nouvelle-Zélande, vous les rêveurs de montagnes vertes et de lacs miroitants, n’attendez plus trop longtemps. Si les options en cours se confirment (elles ont quatorze jours pour ce faire) il ne restera qu’une seule moto sur le départ de fin novembre. Quasi complet neuf mois à l’avance … vous avez dû vous passer le mot comme on se transmet une adresse secrète griffonnée sur un coin de carte.

Et vous avez bien fait. Je me souviens d’y avoir roulé seize jours durant sur des routes qui semblaient inventées chaque matin par la lumière. Des routes de cinéma, des routes de liberté pure, celles qui vous font oublier jusqu’à votre propre nom.

 

Enfin, pour conclure cette lettre lancée comme une bouteille à la mer, laissez-moi soulever une anomalie qui me gratte l’esprit comme un gravier dans la botte. Une injustice presque.

Notre circuit « Au pays des Gauchos », ce grand galop entre Chili et Argentine du 16 octobre au 1er novembre n’affiche aujourd’hui que deux inscrits. Deux !

À croire que le vent de l’Atacama souffle encore trop loin de vos fenêtres.

Sommes-nous bien conscients que là-bas, les paysages se dressent avec la même majesté que dans l’Ouest américain ? Que les Andes découpent le ciel comme une lame bleue, que les déserts se teintent de cuivre et que l’ambiance sud-américaine, chaude et vibrante, a le pouvoir rare de retourner les cœurs les plus endurcis ? Ce voyage n’est pas un détour, c’est un appel. Un dossier à classer d’urgence parmi vos priorités d’évasion, avant que le silence ne se remplisse soudain de moteurs.

J’espère que ces quelques lignes vous auront ouvert une fenêtre, ne serait-ce qu’un instant, une bouffée d’air salé, un parfum de bitume tiède, un horizon aperçu entre deux obligations.

En ce mois de février qui s’étire comme une route trop droite, je vous souhaite de bonnes crêpes qui fument au centre de la table, de longues tablées où l’on refait le monde, des éclats de rire francs comme des démarrages à froid, ou pour les plus chanceux, un vrai départ, sac bouclé et regard déjà loin devant.

Car il faut bien apprivoiser l’hiver, ce vieux grincheux emmitouflé qui revient chaque année poser ses valises sans demander la permission, et qui, cette fois-ci, semble décidé à squatter un peu plus longtemps que prévu. Alors on rêve, on trace des lignes sur des cartes, on laisse tourner les moteurs dans nos têtes en attendant le feu vert.

Je vous donne rendez-vous quelque part entre deux stands au salon du 2 Roues de Lyon, ou au détour d’un autre carrefour de passionnés, là où les regards brillent pareil, qu’ils viennent de la route … ou qu’ils y retournent.

Bien amicalement,

Fabien